Vous m’avez écrit sur des symptômes que vous ne comprenez pas et vous doutez de vous en sortir - voici mes réponses
- il y a 1 jour
- 7 min de lecture
Édition #1 — Dépression, transpiration sociale, phobies, vertiges et contraception
Chaque mois à partir de maintenant, je vous permets de me poser vos questions dans mon groupe sur l’anxiété, afin d'y répondre de manière approfondie dans un article.
Les questions qui arrivent me rappellent une chose essentielle : derrière chaque symptôme, il y a une personne qui se demande si ce qu’elle vit est normal, si c’est grave, et surtout, si elle peut vraiment s’en sortir.
Ce mois-ci, vous m’avez écrit sur des choses qui vous dépassent. Des sueurs qui arrivent sans prévenir. Des phobies qui se forment sur rien. Des vertiges inexpliqués. Une dépression qui dure. Des angoisses apparues avec la contraception...
Je vous réponds à chacune de ces questions, vraiment, en détail, avec ce que je sais en tant que thérapeute spécialisée dans les troubles anxieux.
Si vous vous reconnaissez dans une question, la réponse est ici pour vous...
✉ QUESTION 1 “Comment reconnaît-on la vraie dépression ? Combien de temps peut-elle durer réellement ? Peut-on en sortir vraiment un jour ?” |
La reconnaître : ce n’est pas juste « être triste »
C’est la confusion la plus fréquente et elle est compréhensible. On utilise le mot « dépression » pour parler d’une mauvaise semaine, d’un passage à vide, d’une fatigue profonde. Mais la dépression clinique, c’est autre chose.
Ce qui la distingue, c’est la durée, la profondeur, et surtout l’envahissement. La tristesse ne part pas. Le plaisir disparaît des activités qui vous plaisaient avant. L’énergie s’effondre, pas juste physiquement mais émotionnellement. Les pensées deviennent négatives de façon systématique, comme un filtre gris posé sur tout. Et souvent : un sentiment de ne servir à rien, d’être un poids...
Ce n’est pas une question de volonté. La dépression est un dérèglement neurobiologique : les circuits de la récompense, du plaisir et de l’énergie sont "en panne". On ne sort pas d’une dépression en se secouant, pour la même raison qu’on ne sort pas d’une jambe cassée en décidant de marcher.(Même si la volonté de travailler à en sortir sera essentielle)
Combien de temps ça dure ?
Une dépression non traitée peut durer de quelques mois à plusieurs années. Avec une prise en charge adaptée, thérapie, accompagnement médical si nécessaire, la grande majorité des épisodes dépressifs se résout en quelques mois.
Ce qui allonge la durée, c’est souvent l’absence de diagnostic, la honte de consulter, ou des traitements inadaptés. Plus on agit tôt, plus la sortie est proche.
Peut-on vraiment s’en sortir ?
Ce que je veux que vous reteniez :
Oui. Sans réserve.
La grande majorité des personnes qui traversent une dépression s’en sortent et pas juste « fonctionnellement ». Elles retrouvent du plaisir, de l’élan, une vie qui leur ressemble. Ce n’est pas une promesse marketing. C’est ce que montrent des décennies de recherche clinique, et ce que je vois dans mon travail.
Ce qui aide le plus : ne pas rester seul avec ça. La dépression isole, elle vous convainc que personne ne peut comprendre. C’est le symptôme qui parle, pas la réalité.
✉ QUESTION 2 “Ça va faire bientôt 4 ans que je transpire de manière parfois excessive lorsque j’ai l’impression d’être subitement au centre de l’attention. Quand j’entre dans une pièce, que je dois discuter avec un étranger... Quel est le problème d’après vous ?” |
Ce que vous décrivez a un nom précis
Ce que vous vivez depuis 4 ans s’appelle de l’anxiété sociale et la transpiration que vous décrivez est une réponse physiologique parfaitement cohérente avec ce trouble. Ce n’est pas un problème de glandes sudoripares. C’est votre système nerveux qui déclenche une alarme chaque fois qu’il perçoit un regard posé sur vous.
Votre cerveau interprète le fait d’être au centre de l’attention comme une menace. Pas parce que vous êtes irrationnel mais parce qu’un programme s’est installé qui associe « être vu » à « être jugé » ou « être en danger ». Et à cette alarme, le corps répond : accélération cardiaque, chaleur, transpiration. C’est la réponse combat/fuite, déclenchée dans un contexte social. On appelle cela aussi la phobie sociale.
Pourquoi ça dure depuis 4 ans
L’anxiété sociale se consolide avec le temps pour une raison précise : l’évitement. Inconsciemment, vous avez probablement commencé à éviter certaines situations. Chaque évitement soulage à court terme, mais renforce la peur à long terme.
Votre cerveau apprend : « j’ai évité, donc j’ai échappé au danger. Le danger est donc réel. »
Quatre ans, c’est long. Mais ce n’est pas une raison pour que ça dure encore. C’est exactement le type de mécanisme que l’hypnose cognitive et comportementale permet de modifier, en désensibilisant progressivement la réponse d’alarme et en reconstruisant un rapport différent au regard des autres.
Ce que je veux que vous reteniez :
Vous ne transpirez pas parce que vous êtes faible ou bizarre. Vous transpirez parce que votre cerveau fait son travail mais avec de mauvaises informations, un apprentissage erroné. On peut lui en donner de meilleures, comme tout apprentissage.
✉ QUESTION 3 “Dès que j’ai un truc, je me fais un film, ça devient une phobie. Comment gérer ça ?” |
Ce que vous décrivez est un mécanisme anxieux très spécifique
Ce que vous décrivez, c’est un cerveau anxieux hypervigilant qui a appris à scanner en permanence les menaces potentielles et à construire des scénarios catastrophistes autour de la moindre information. « Je me fais un film » : c’est exactement ça. Votre imagination est mise au service de la peur.
Votre cerveau remarque quelque chose comme une douleur, une situation ou une information. Il s’en empare. Il projette le pire scénario possible. L’anticipation génère de l’anxiété. L’anxiété produit des sensations physiques. Ces sensations confirment qu’il y avait "quelque chose". Et le film se transforme en "phobie".
Pourquoi « essayer de ne plus y penser » ne marche pas
C’est l’erreur que font presque tous ceux qui vivent ça : tenter de supprimer la pensée. Or plus vous essayez de ne pas penser à quelque chose, plus votre cerveau y revient; c’est un mécanisme neurologique documenté, appelé l’effet rebond.
La solution n’est pas de chasser les pensées. C’est de changer votre relation à elles. Apprendre à les observer sans les alimenter. À les laisser passer sans les croire systématiquement. C’est exactement ce qu’on travaille dans la partie cognitive de l’HCC et surtout dans le programme RESET, la distanciation par rapport aux pensées automatiques.
Ce que je veux que vous reteniez :
Vous n’avez pas un problème de volonté. Vous avez un cerveau qui est devenu très efficace pour fabriquer de la peur à partir de rien. Ça s’apprend comme ça se désapprend. C’est un programme. Et les programmes se modifient.
✉ QUESTION 4 “Est-il réellement possible de se créer des symptômes comme des vertiges ? Si on y pense trop ou parfois ça arrive comme ça d’un coup ? Et est-ce que la contraception peut faire apparaître des angoisses ?” |
Oui, et ce n’est pas « dans votre tête » au sens où on l’entend
Cette question mérite une réponse franche, parce qu’elle touche quelque chose d’important : la légitimité de ce qu’on ressent.
Oui, le cerveau peut produire de vrais symptômes physiques comme des vertiges, des douleurs, des palpitations, des fourmillements... et sans cause organique détectable. Ce phénomène s’appelle la somatisation, et il est parfaitement documenté en neurosciences. Ce n’est pas une invention. Ce n’est pas de la simulation. C’est votre système nerveux qui traduit une surcharge émotionnelle ou anxieuse en langage corporel.
Les vertiges en particulier sont extrêmement fréquents dans l’anxiété : produits par l’hyperventilation légère et chronique que génère l’état d’alerte permanent car vous respirez un peu trop vite et/ou un peu trop superficiellement, ce qui modifie légèrement le taux de CO2 dans le sang et crée des sensations de flottement ou d’instabilité.
Et la contraception dans tout ça ?
Oui, c’est un lien réel et sérieusement sous-estimé. Certaines contraceptions hormonales peuvent modifier l’humeur et amplifier des états anxieux chez des femmes qui y sont sensibles. Les hormones synthétiques agissent sur les mêmes voies neurochimiques que celles impliquées dans la régulation de l’anxiété et de l’humeur.
Ce n’est pas systématique. Mais chez certaines femmes, le lien est clair et les symptômes disparaissent ou s’améliorent nettement après changement de contraception. Si vous avez remarqué une coïncidence temporelle entre le début de votre contraception et l’apparition d’angoisses, parlez-en à votre médecin. C’est une piste médicale légitime, pas une vue de l’esprit. Mais attention, cela indique TOUJOURS que vous avez une anxiété sous-jacente non réglée.
Ce que je veux que vous reteniez :
Vos vertiges sont réels. Vos angoisses liées à la contraception sont possibles et documentées. Dans les deux cas, vous n’inventez rien, et dans les deux cas, des solutions existent. La première étape est toujours d’écarter une cause ou une amplification organique avec votre médecin. La deuxième est de comprendre ce que votre système nerveux essaie de vous dire... Et pour cela, je peux vous accompagner.
Ce que j’ai lu entre les lignes de toutes ces questions
Dépression, transpiration sociale, phobies qui se forment, vertiges, angoisses hormonales, ce sont des sujets en apparence très différents. Mais dans chaque message, j’ai lu la même chose :
« Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Et je ne sais pas si je peux m’en sortir. »
La réponse à la deuxième partie de cette phrase est toujours oui. Pas magiquement. Pas du jour au lendemain, mais réellement avec les bons outils, au bon rythme, sans avoir à tout traverser seul(e).
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— Véronique – Equinoreve Thérapie
Thérapeute spécialiste des troubles anxieux — HCC — Thérapie en ligne



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